Dans l’épisode précédent
Alexya : Tu vas où ? Perchée sur l’escalier de secours, Chelsea fit coulisser la fenêtre de la salle de bains de l’extérieur. On pouvait rentrer dans l’appartement comme dans un moulin. Elle se glissa à l’intérieur et s’étala par terre. Elles se figèrent net. Stéphane était face à elles, le nez saignant, l’arcade ouverte et des égratignures un peu partout, les yeux à moitié ouverts.
Stéphane : J’ai des choses à faire.
Alexya, avec un regard provocateur : Ouuuuh !
Stéphane, levant les yeux au ciel : Je vais voir mes supérieurs.
Les filles lâchèrent leurs armes de combat et se précipitèrent vers lui.
Elles n’eurent pas le temps de lui demander des explications, il s’évanouit.
Chelsea et Alexya portèrent tant bien que mal leur ami mâle sur le canapé le plus proche. Chelsea fonça dans la salle de bains chercher des compresses, des pansements, du désinfectant. Alexya resta à côté de lui.
Alexya : Eh mon grand, tu m’entends ? Tu vas te réveiller hein ? T’es sûr que t’es évanoui ?
Elle se pencha sur lui et l’embrassa. Chelsea, qui revenait de la salle de bains, resta bouche bée.
Chelsea : Mais tu fous quoi là ?!
Alexya : Je vérifiais qu’il était bien amoché, je confirme, il est dans les vapes totales ! Personne ne résiste à mes baisers.
Chelsea secoua la tête et commença à désinfecter les plaies. Alexya posa des pansements. Une demi-heure après, il était comme neuf ! Elles le regardèrent « dormir », ne sachant pas s’il fallait essayer de le réveiller, appeler les secours ou bien attendre. Elles réfléchirent tellement qu’elles finirent par tomber dans les bras de Morphée.
Le lendemain matin
Stéphane ouvrit lentement les yeux puis brusquement, ne sachant pas où il était, agita les bras dans tous les sens, frappant au passage les filles qui étaient appuyées sur lui.
Stéphane, réalisant qu’il n’était que chez lui : Pardon …
Chelsea, se frottant la tête : C’est pas grave …
Stéphane, se retenant de rire : Alexya, qu’est-il arrivé à ton nez ?
Alexya : Maiiiiiiis euuuuuuuuh !
Elle courut à la salle de bains et s’enferma à double tour.
Stéphane se redressa sur le canapé et Chelsea s’installa à côté de lui, examinant ses blessures. Le jeune homme la repoussa.
Stéphane : Arrête.
Chelsea : Je voulais t’aider.
Stéphane : Moi aussi j’ai voulu t’aider hier.
Chelsea baissa la tête, honteuse.
Stéphane : Ca va, fais pas cette tête. Je m’en remettrai.
Chelsea : Qu’est-ce qui t’es arrivé ?
Stéphane : Rien. Je suis juste sorti tard et un groupe de drogués a eu envie de se défouler. Et toi ?
Chelsea, baissant la tête de nouveau : Je … on a passé du temps ensemble. (puis les yeux brillants) On est allés se promener sur les bords de Seine en pleine nuit. C’était magique !
Stéphane eut une moue de dégoût mais préféra ne rien dire. Les choses étaient déjà assez compliquées, mieux valait ne pas en rajouter. Mais comme il ne pouvait pas se retenir, il joua la carte du gentil protecteur.
Stéphane : Ecoute Chelsea, je vois bien que ça ne sert à rien que je crache sur ce mec, mais s’il te plaît, fais attention. Mes supérieurs sont vraiment en colère, et je ne vais pas te cacher que cette situation … me saoule vraiment.
Chelsea se sentait mal à l’aise. Ils se connaissaient depuis peu mais leurs rapports auraient pu être meilleurs, et elle savait que c’était sa faute si cela se passait mal. Vis-à-vis de lui, son comportement était vraiment déplorable.
Stéphane : Je vais pas te faire de grand discours, je vais radoter mais je DOIS te protéger. Alors laisse-moi faire mon boulot, s’il te plaît.
Elle hocha la tête sans rien dire. Elle réalisa soudain que c’était lundi.
Chelsea : Merde y a boulot aujourd’hui ! Je vais passer prendre mes affaires chez moi. (criant) Alexya on se rejoint au boulot !
Stéphane acquiesça et elle partit comme une furie. Il laissa tomber sa tête en arrière en soupirant. Alexya sortit de la salle de bains. Elle avait réussi à camoufler la marque rouge sur son nez (miracle !) avec une tonne de fond de teint. Elle avait prit une tonne d’affaires lorsque Stéphane lui avait demandé de passer la nuit avec lui et Chelsea. Elle s’assit à côté de lui.
Alexya : Tu te reposes aujourd’hui hein ?
Stéphane : Mais oui.
Alexya : Tu nous appelles si il ya un problème hein ?
Stéphane : On croirait entendre Chelsea !
Alexya : Oulah ben j’arrête alors !
Stéphane, souriant : File ! Tu vas être en retard.
Alexya lui fit un gros poutou bruyant sur la joue et partit en courant. Elle était déjà en retard.
La nuit dernière
Stéphane marchait dans la rue, cherchant le nom des rues avec les lampadaires pour seule lumière. A cette heure-ci les alcoolos et drogués en tout genre étaient de sortie. Il se sentait épié de tous les côtés mais continua son chemin comme si de rien n’était. Il arriva à son point de rendez-vous : une petite place très peu fréquentée de journée comme de nuit. Un petit groupe d’hommes regardaient dans sa direction. C’étaient eux. Il s’approcha du groupe et attendit qu’on lui adresse la parole. Deux d’entre eux étaient positionnés dans l’ombre de façon à ce que l’on ne voit pas leurs visages. Ils fumaient des cigarettes. Le dernier, qui lui se trouvait d’avantage dans la lumière, portait un chapeau qui créait de l’ombre sur son visage. Même s’il les avait connus, il n’aurait pu en reconnaître aucun.
Homme au chapeau : Bonsoir Mr Jouls.
Stéphane : Bonsoir.
Homme au chapeau : Savez-vous ce qui vous amène ici ?
Stéphane : On m’a parlé d’une petite mise à jour.
Homme au chapeau : Effectivement, on peut dire ça comme ça.
Il désigna les deux autres hommes tapis dans l’ombre de la tête.
Homme au chapeau : J’ai amené quelques amis pour être sûr que tout soit clair une fois pour toutes.Stéphane regardait les deux hommes. Il ne savait pas s’ils étaient une sécurité pour lui ou un danger.
Homme au chapeau, se retournant vers les autres : Messieurs.
Les deux hommes, qui avaient chacun un chapeau à la main, les posèrent sur leur tête. Ils s’approchèrent de Stéphane, le contournèrent et lui mirent chacun un bras dans le dos, rapidement et sèchement. Stéphane laissa échapper un gémissement de douleur.
Stéphane : Qu’est-ce que cela veut dire ?!
Homme au chapeau, se mettant face à lui : Une mise au point voyons.
Stéphane : Qu’est-ce que vous voulez ?
Homme au chapeau : Que vous fassiez ce qui vous est demandé Mr Jouls, protéger Melle Crake.
Stéphane : C’est ce que je fais !
L’homme lui asséna un coup de poing.
Homme au chapeau : Mauvaise réponse. Je recommence. Vous devez protéger Melle Crake.
Stéphane, le nez saignant : C’est ce que j’essaie de faire.Il lui donna un autre coup de poing. Stéphane grimaça, sans rien dire.
Homme au chapeau : Nous disions donc que votre devoir est de protéger Melle Crake.
Stéphane, réfléchissant quelques secondes : Je le ferai à l’avenir.
Homme au chapeau : Ca me convient.
Les deux autres hommes le lâchèrent et il tomba au sol. Les trois hommes le rouèrent de coups en tout genre. Puis l’homme au chapeau s’accroupit pour être à sa hauteur.
Homme au chapeau : Ce n’était qu’un avertissement Mr Jouls. J’espère ne plus avoir de problèmes avec vous.
Il se releva et partit avec ses compagnons, sans un mot. Stéphane gisait au sol, tremblant (c’est pas parce qu’il est sensé être super courageux –le plus grand des héros- qu’il peut pas avoir mal). Il se leva tant bien que mal, titubant, et rentra chez lui, meurtri.
Présent
Il ouvrit les yeux. Depuis combien de minutes s’était-il assoupi ? Il avait laissé s’échapper le temps, il l’avait laissé filer, se faire emporter par les aiguilles et les chiffres des horloges. Le temps est une chose tellement étrange, on ne vit pas tous au même moment mais nous avons le même temps disponible chaque jour. Bref …
« Mon dieu quel con ! »
L’avertissement d’hier ne lui avait-il pas suffit ? Chelsea courait un danger à chaque moment, à chaque cliquetis d’aiguille. Surtout si elle était seule. Il est vrai qu’Alexya pourrait la protéger à coup de talon aiguille (oui j’aime ce mot ghii), mais je ne garantis pas l’efficacité de la méthode.
Il ne pouvait plus refaire la même erreur. Il devait être auprès d’elle le plus souvent possible, quitte à l’étouffer … enfin mieux valait ne pas la tuer sinon il ne payait pas cher de sa peau à lui. Il se leva, décrocha le téléphone et appela le journal.
Chelsea prenait son café, debout devant le distributeur du couloir. Elle soufflait légèrement sur le liquide, espérant le refroidir. Il devait être à peu près 15h10 et on lui avait donné encore tout un tas d’archives à classer. Elle imaginait la pile de chemises colorées posées sur son bureau, souriantes et sadiques, lorsqu’une chose attira son attention : la porte du bureau de Yannick. Un fluide rouge coulait le long de la poignée. Elle s’approcha et l’observa. La ressemblance flagrante avec du sang la frappa immédiatement mais il n’y avait aucune raison pour que ce soit du liquide humain. Elle posa sa main sur la porte afin d’écouter ce qui pouvait se passer à l’intérieur. Rien. Mieux valait ne pas rester dans cette position suspecte si la rédactrice en chef décidait de sortir ou si quelqu’un passait. Elle retira sa main et devint blême. Sa paume venait de laisser une trace sur le bois peint en blanc. Une trace rouge. Elle retourna sa main, ayant peur de ce qu’elle allait voir. Mais elle était intacte, pas une égratignure. Elle releva les yeux vers la porte, sans comprendre. Puis elle s’ouvrit.
Yannick : Chelsea, je ne te paie pas à dormir. Ah les british…
La jeune blondinette se redressa soudainement. Yannick était bien dans l’encadrement de la porte mais elle était dans son petit bureau de journaliste à elle, sur son fauteuil de travail, la pile de dossiers devant elle et son gobelet de café vide.
Chelsea : Euh… oui … désolée …
Yannick : Enfin bon, de toute façon tu auras moins de travail désormais. Quelqu’un s’est présenté ce matin pour trier des crics et des cracs. Il va trier ces archives à ta place. Je te file une interview à faire en échange.
Chelsea, souriante (et débarrassée du sale boulot) : Merci Yannick. Je vais te la faire comme une pro tu verras.
Yannick, levant les yeux au ciel : Je te laisse le nouveau, tu vas avoir besoin de lui.
La rédactrice sortit et le nouveau rentra. Chelsea failli avoir une crise cardiaque.
Quelque part x)
Anthony, allumant une cigarette : Pourquoi on la suit plus ?
Dimitri, qui lui a déjà allumé une cigarette x) : Pour qu’elle ne se doute de rien. Elle pensera qu’on a lâché l’affaire.
Anthony, haussant les sourcils : A sa place, je me dirai que si on a essayé de me kidnapper, et que la personne a échoué, elle ressaiera, et sera plus maligne encore.
Dimitri, impassible : T’as peut-être pas tord.
Son portable sonna et il décrocha.
Dimitri : Oui ? On réfléchit. Et si on ne réussit pas ? Oui je vois. Oui. Au revoir. (Il raccroche)
Anthony : Alors ?
Dimitri, sourire aux lèvres : A quel moment est-elle la plus vulnérable ?
Anthony : Quand elle est amoureuse ?
Dimitri, surpris : Ce n’était pas à quoi je pensais mais c’est une idée à retenir… Quand elle dort.
Anthony, hochant la tête : Ce soir ?
Dimitri hocha la tête en réponse et continua de fumer sa cigarette.
Au Monde à Part
Chelsea, assise à son bureau, soupira d’exaspération. L’interview que lui avait donnée Yannick consistait à interroger le nouveau afin de démontrer si les jeunes ont vraiment du mal à s’insérer dans le monde du travail. Stéphane, sur la chaise en face d’elle, souriait, amusé.
Stéphane : Bon alors tu me les poses ces questions ?
Chelsea : Franchement qu’est-ce que tu fous là ?
Stéphane : Je te rappelle que ça fait un bon bout de temps que je n’ai pas eu de boulot, et en ce moment j’ai deux bouches en plus à nourrir je te signale.
Chelsea : Oh … oui désolée … je vais retourner chez moi dans le courant de la semaine de toute façon. Et je forcerai Alexya à en faire de même. Tu comprends, elle n’a aucune corvée à faire chez toi, alors elle se sent comme une princesse.
Stéphane : Nan mais vous ne me gênez pas, et puis je t’ai à l’œil. Allez, interview moi. C’est ma première fois :p Allez !
Chelsea, poussant le plus gros soupir d’exaspération qui puisse être : J’ai vraiment pas envie de t’interroger Steph. C’est bizarre …
C’est à ce moment qu’Alexya arriva.
Alexya : STEPHANE ?! CHOUPINOU QU’EST-CE QUE TU FOUS LA ?!
Elle lui sauta au cou. Puis arrêta vite son étreinte quand elle se rendit compte qu’elle l’étouffait presque.
Chelsea : C’est le nouveau … trieur de dossiers. Et je dois en plus l’interviewer…
Stéphane : Et madame ne désire point me faire ce plaisir.
Alexya, saisissant les feuilles des mains de Chelsea : Ah bah donne je vais le faire moi !
Chelsea, pouffant de rire : Attends, toi ? T’es sûre ?
Alexya : Ben quoi ?
Chelsea : Nan rien je t’en prie.
La dernière fois qu’Alexya avait interviewé quelqu’un, c’était une fillette de 12 ans pour un numéro spécial rentrée. Ca s’était fini en pleurs pour l’une et par des ongles cassés pour l’autre.
Chelsea assistait à THE interview de l’année lorsque son portable sonna. Elle répondit sans se soucier des deux autres qui rigolaient trop comme des gogoles pour écouter sa conversation.
Chelsea : Ouiii ?
Anthony : Salut toi.
Chelsea, baissant la voix par réflexe : Salut …
Anthony : Tu dors où ce soir ?
Chelsea, rougissant sans savoir pourquoi il posait la question : Euh pas chez moi. Mais c’est pas ce que tu crois ! Je suis juste…
Anthony : Je me fous de l’endroit où tu dors tant que c’est pas chez toi. Promets-moi que tu n’iras pas à ton appart ce soir.
Chelsea : Euh je … oui d’accord.
Anthony : Super. Bon allez je dois te laisser.
Chelsea : Ok, à plus. Biso…
Il avait raccroché. Elle rangea son téléphone en soupirant. Le fait qu’ils ne puissent pas se voir quand ils le voulaient ou se parler quand ils en avaient envie était vraiment pesant. Elle réussissait à surmonter cette épreuve mais la difficulté quelques fois était vraiment là.
Elle jeta un coup d’œil aux deux mongols à côté. Ils la faisaient sourire. Comment pouvait-elle connaître des gens aussi barjos ? Ou bien ils étaient normaux, et elle barjo. Mais en aucun cas elle n’aurait pu vivre sans eux.
Stéphane : Je te dis que c’est pas français !
Alexya : Bien sûr que si ! Je sais encore poser des questions.
Stéphane : Excuse-moi mais quand j’entends ce que tu me dis, je me pose vraiment des questions AH AH !
Alexya : Pff t’es même pas drôle avec tes blagues pourries !
Survoltés comme jamais, Stéphane et Alexya avaient sorti un jeu de Scrabble en rentrant à l’appartement du jeune homme. Chelsea avait préféré ne pas participer et s’était installée sur le fauteuil face à eux, les genoux ramenés sous son menton pour mieux réfléchir. Elle n’avait pas eu le temps de finir son analyse de la situation. Elle les observait. Elle n’avait fait que ça. Toute l’après-midi. Elle les avait observés. Elle savait qu’Anthony les éloignait, sans rien faire. Elle les sentait tellement loin… Il faisait si froid là où elle se trouvait désormais…
Elle avait essayé de comprendre le pourquoi du comment même s’il était évident que Stéphane ne s’était pas présenté au journal par une subite crise de triage-de-dossier aigue.
« Demain je préparerai mes affaires et je retournerai chez moi. »
Les deux joueurs de Scrabble se figèrent. Pas spécialement à cause de ses paroles mais plutôt à cause de sa façon de les sortir de sa bouche. C’étaient des mots givrés, pratiquement dénués d’émotions. Stéphane tourna la tête vers elle, il n’avait plus rien à faire du mot compte triple qu’il allait réaliser. Seule elle comptait à cet instant.
Stéphane : Il est plus prudent que tu restes ici.
Chelsea, regardant devant elle, sans le regarder lui ou Alexya : Tu ne pourras pas toujours me contrôler pour tenter de me protéger.
Stéphane : Il y a des tas de moyens tu sais.
Chelsea se leva d’un coup, prit sa veste et mit ses chaussures sans leur accorder un regard.
« Je rentrerai tard. »
Elle ouvrit la porte et sortit.
Quelques heures plus tard
Les deux hommes étaient face à une porte close. Sur la sonnette on pouvait lire « Chelsea Crake ». Dimitri était adossé contre le mur du couloir. Anthony crochetait la serrure, accroupi.
Anthony : Passer par la porte pour enlever quelqu’un c’est … original.
Dimitri, avec un sourire : Oui c’est plutôt improbable mais un peu d’originalité ne fait pas de mal.
Un clic se fit entendre. Anthony se redressa et regarda son coéquipier qui lui fit un signe de la tête. Il posa la main sur la poignée, espérant de tout cœur que Chelsea ne serait pas là comme prévu, souhaitant la voir en même temps. L’appartement était plongé dans l’obscurité. On n’entendait que le bruit régulier d’une horloge. Un bouton rouge clignotait dans l’entrée. Le répondeur du téléphone. Dimitri fit un rapide tour de propriétaire avant de revenir penaud, la queue entre les jambes (hein Yom xD). Il n’y avait personne. Anthony pressa la touche téléphonique.
« Oui Chels c’est Alexya. Rappelle chez Joulsi si tu comptes revenir. Steph ne fait que son job, je sais que tu détestes cette phrase plus que répétitive mais bon … Oublie pas de rappeler, bisous. »
Dimitri sortit son portable, composa un numéro et demanda à ce qu’on lui donne une adresse. Il prononça ces quelques mots, une lueur dans les yeux :
« Stéphane Jouls. »
Chelsea était assise sur un banc. Elle se demandait pourquoi est-ce qu’il avait fallu qu’elle fasse des rêves zarbis. Pourquoi avait-il fallu qu’elle se laisse protéger ? Pourquoi avait-il fallu qu’Anthony soit Anthony, qu’il soit si … et elle tellement …elle. Pourquoi la vie était-elle si compliquée ? Et pourquoi le ciel cette nuit-là était sans étoiles alors qu’elle avait besoin de compagnie ?
Les deux coéquipiers étaient en voiture, se dirigeant vers le domicile de Stéphane Jouls. Si Anthony avait souhaité voir sa bien-aimée quelques minutes plus tôt, c’était dorénavant la chose qu’il redoutait le plus. Il avait tenté de lui envoyer un SMS mais la batterie de son portable avait lâché. Il tapait nerveusement sur l’accoudoir de son siège. Le véhicule s’arrêta. Ils étaient arrivés à destination. Ils répétèrent la même opération de crochetage de serrure et entrèrent sans bruit. Ils distinguèrent une vague silhouette sur le canapé puis se dirigèrent vers la chambre. Anthony resta à l’extérieur de la pièce, priant intérieurement pour faire cesser son cœur de battre aussi fort. Dimitri ouvrit la porte. Deux formes apparaissaient dans le lit. Il s’appuya contre l’embrasure de la porte, sourire aux lèvres.
« D’habitude moi j’évite quand j’ai des invités qui dorment pas loin. »
Stéphane ouvrit les yeux brusquement. Il aurait pu reconnaître cette voix entre des milliers, des millions même. Il se redressa, le visage crispé. Il n’y avait aucun doute, c’était bien la personne à laquelle il pensait. Il se leva, enfila un jean qui traînait et un t-shirt, parlant en même temps.
« Qu’est-ce que tu viens foutre ici ? »
Pour toute réponse, Dimitri garda son sourire glacial. Stéphane soupira et s’assit sur le lit, prit sa tête dans ses mains quelques secondes puis le regarda.
Stéphane : J’attends.
Dimitri : Je ne viens pas pour toi.
Stéphane, riant légèrement : Il ne manquerait plus que ça.
Dimitri : Où est Chelsea ?
Stéphane, le foudroyant du regard : Qui ?
Dimitri, amusé : Généralement quand on ment, on essaie d’accorder son visage avec ses paroles, mais ce n’est qu’un conseil.
Stéphane resta impassible.
Dimitri : Est-ce qu’elle serait sur le canapé par hasard ?
Stéphane, avec un sourire : Tu peux toujours aller voir.
Anthony, passant la tête par la porte : C’était plutôt une tête brune.
Stéphane, frémissant à la vue d’Anthony : Exactement.
Dimitri : Bon Stéphane j’ai pas spécialement envie de jouer à la carte aux trésors donc si tu pouvais m’indiquer où elle se trouve ce serait mignon de ta part.
Stéphane : J’en n’ai aucune idée. Elle est partie je ne sais où.
Il ajouta après un silence :
Stéphane : Si tu touches à un de ses cheveux …
Dimitri : Tu es en bonne compagnie pourtant.
Stéphane : Ca n’a absolument rien à voir.
Dimitri : Du calme. J’avais compris qu’elle n’était pas ici. Je voulais juste avoir … de tes nouvelles. Allez, à la prochaine.
Stéphane : Ne reviens jamais ici.
Dimitri ne releva pas et lui tourna le dos. Il partit, suivit d’Anthony qui lui adressa un regard désolé pour les coups de la dernière fois. Cela ne fit qu’augmenter la rage de Stéphane mais il se contenta de les laisser partir. Il jeta un coup d’œil à la femme dans son lit. Ou bien elle dormait à poings fermés ou bien elle était bonne actrice et faisait semblant. Qu’importe, il s’en foutait, ce n’était pas une petite minette qui allait lui faire perdre la face.
[On voit Chelsea allongée sur un banc, recroquevillée. La caméra zoome sur elle jusqu’à arriver à un gros plan sur son visage endormi.]
Elle se trouve devant un échiquier. La partie a déjà commencé et elle est en pleine réflexion. Son adversaire a la main posé à côté du jeu, sur la table. Elle sait que c’est la sienne, celle d’Anthony. Elle veut lui parler mais ses lèvres sont comme collées. Elle veut le regarder mais elle est incapable de bouger sa tête. Elle fixe sa main. Il ne semble pas bouger. Elle essaie de bouger ses propres doigts. Miracle ! Elle tend son bras vers lui mais une force l’empêche d’atteindre Anthony. Elle ne peut plus rien bouger. Chaque parcelle de son corps est figée, chaque cellule semble avoir arrêté de fonctionner. La distance qui les sépare est infime.
Elle se sent bouger, mais pas de son plein gré. Elle se sent attirée par derrière. Sans faire aucun mouvement, elle s’éloigne de la table, lentement et se retrouve bientôt dans un couloir blanc. Des larmes commencent à couler sur ses joues, la seule chose qui fonctionne encore.